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12 août 2007 – Journée Alphonse Daudet à Fontvieille

mercredi 29 août 2007

Allocution de Roger Ripoll, Président de l’Association des Amis d’Alphonse Daudet

L’intervention des musiciens et des jeunes danseuses de Fontvieille à laquelle vous venez d’assister est bien à sa place dans cet hommage rendu à Daudet par la municipalité de Fontvieille et par l’Association des Amis d’Alphonse Daudet. Elle n’est pas étrangère à notre propos, puisqu’elle nous permet de nous souvenir de l’importance que Daudet accordait à la musique.

Il a fortement proclamé sa passion pour la musique, pour toute espèce de musique : « Moi, je les aime toutes, en toqué, la savante, la naïve, celle de Beethoven, Gluck et Chopin, Massenet et Saint-Saëns, la bamboula, le Faust de Gounod et celui de Berlioz, les chants populaires, les orgues ambulants, le tambourin, même les cloches ». La musique était largement présente dans sa vie, et elle est largement présente dans ses œuvres, où il multiplie les allusions aux répertoires les plus variés : opéra, musique de chambre, chansonnette, musiques traditionnelles de différentes cultures. C’est cette diversité qu’a fait ressortir Christiane Chamand-Debenest dans le spectacle qu’elle a conçu, L’Univers sonore d’Alphonse Daudet, représenté depuis deux ans dans plusieurs localités de la région.

Je considèrerai le cas des musiques de tradition populaire, appartenant au folklore d’une région ou d’une ethnie. Ce qui me paraît le plus frappant, c’est l’insistance de Daudet sur l’intensité de l’effet produit par ces musiques. Par exemple, à propos de la musique tzigane, avec ses « coups d’archet en zigzag », il se montre « tout le corps secoué au battement sonore du tympanon ». Quand il s’est rendu en Algérie, il a été très impressionné par la musique locale, en particulier par le rôle qu’y jouent les percussions. Il a eu l’intention d’écrire un conte qui se serait intitulé « La Derbouka » (du nom, précisément, d’un instrument à percussion). Il n’a pas réalisé ce projet, mais certains textes font connaître ses réactions. Dans les « Paysages gastronomiques » des Contes du lundi, il mentionne « ces petits tambours arabes haletant sous la mesure précipitée ». Un article moins connu, une chronique dramatique de 1874, est plus net : « Le rythme sauvage et puissant nous empoignait, nous soulevait, et il fallait se tenir accroché à son banc pour ne pas bondir avec les danseurs ».

Dans le cadre où nous nous trouvons, il convient d’accorder plus d’attention à la façon dont Daudet a rendu les aspects caractéristiques de la musique provençale, l’alliance du galoubet et du tambourin. C’est ainsi qu’au début de Numa Roumestan il représente le jeu du tambourinaire : « Tout petit, ce fifre remplissait l’espace comme un branle de cigales, bien fait pour cette atmosphère limpide, cristalline, où tout vibre, tandis que le tambourin, de sa voix profonde, soutenait le chant et ses fioritures ». Cette musique s’associe étroitement à la danse, et Daudet s’est plu à célébrer rétrospectivement des époques où la danse aurait fait partie de la vie quotidienne, que ce soit dans « La Mule du pape », avec cette reconstitution imaginaire de l’Avignon du temps des papes : « Fifres et tambourins se postaient sur le pont d’Avignon, au vent frais du Rhône, et jour et nuit l’on y dansait, l’on y dansait » ; ou bien, dans « Le Secret de maître Cornille », quand il fait rappeler par le narrateur l’atmosphère heureuse de la meunerie d’autrefois, l’union du travail et de la fête, avec les farandoles au pied des moulins. Cette musique est également inséparable d’un paysage, et Daudet sait évoquer l’harmonie de la lumière, des bruits naturels, et du son de l’instrument, quand, à propos du paysage que nous avons sous les yeux, il parle du soleil qui « flambait sur la ligne violette des Alpilles » et qui « jetait sur tout l’horizon une vibration lumineuse, les cordes tendues d’une lyre ardente, dont le chant continu des cigales et les battements du tambourin semblaient la sonorité ».
Le charme de cette musique est celui de l’authenticité, tenant au lien de l’art avec un cadre naturel et avec une façon de vivre. Si ce lien est rompu, alors c’est la pire des dégradations. Toujours dans Numa Roumestan, après avoir si bien célébré cette musique dans ce qu’elle a de vivant, de spontané, Daudet en fait une caricature cruelle, dans l’épisode où le tambourinaire Valmajour se produit dans un spectacle parisien, affublé d’un prétendu costume de troubadour, entouré de danseuses portant des coiffes « aux formes italiennes, bretonnes ou cauchoises, d’un beau mépris parisien pour la vérité locale » et censées exécuter la farandole.

Arlésienne au tambourin

Si Daudet s’en prend avec cette violence à la dénaturation d’un art populaire transformé en attraction de music-hall, en revanche il a pris part à des entreprises qui visaient à nourrir la musique savante des apports de la tradition. C’est sa collaboration avec le compositeur Ferdinand Poise, nîmois lui aussi, pour le court opéra-comique Les Absents ; dans l’étude qu’elle a consacrée à Poise, Sabine Teulon-Lardic a montré que le musicien s’est efforcé de rendre une atmosphère méridionale. C’est surtout, évidemment la collaboration avec Bizet pour L’Arlésienne ; on sait que Bizet a utilisé des thèmes traditionnels, et il convient d’ajouter que la musique de scène originale comportait une partie vocale, avec des chœurs pour lesquels Daudet a traduit les paroles de chants provençaux, ainsi que le poème de Mistral, « Le Chant du Soleil ».

Il paraissait donc utile de rappeler ces traits de la sensibilité et de l’art de Daudet, dans cette journée où, grâce à l’action de la municipalité de Fontvieille, du comité des fêtes et de la commission de maintenance des traditions, vous pourrez entendre et voir musique provençale et danses. Il ne me reste qu’à vous souhaiter d’y prendre autant de plaisir qu’en prenait Daudet.

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